Elle ouvre La Maison de Karen Chocolat, près de Lyon dans la commune de Limonest. Un lieu hybride, où les hôtes sont invités à passer un weekend de détente et de découvertes. Rencontre avec une artisane engagée.
La rédaction : Comment a commencé votre parcours ?
Karen Chocolat : J’ai travaillé dans des grosses boites multinationales américaines. Et puis j’ai eu envie de repartir d’une page blanche pour me créer une deuxième vie professionnelle autour de mes valeurs : l’authenticité, le partage, la naturalité, le plaisir et la convivialité. J’ai cherché pendant longtemps, et un jour j’ai rencontré une dame qui avait fait une reconversion dans le chocolat. J’ai eu un déclic, ça cochait toutes les cases. Ma part de créativité était un peu endormie. Quand on travaille dans des boites américaines, ce n’est pas forcément ce qu’ils attendent ! (Rires).
La rédaction : La Maison Karen Chocolat ouvre en 2013, avec 4 chambres d’hôtes et un laboratoire. Comment étaient les débuts ?
Karen Chocolat : J’ai passé un CAP de chocolatier à 38 ans. Au départ le concept c’était juste de faire maison d’hôtes et des ateliers autour du chocolat à Limonest. Je donnais des cours pour les particuliers et des animations pour les teambuildings d’entreprises, que je fais toujours. J’ai commencé à faire un peu de chocolat pour mes hôtes et quelques petits salons, et j’ai été repérée par le club des Croqueurs de Chocolat, qui est une institution parisienne qui repère les meilleurs chocolatiers en France et à l’étranger. Cette année-là en 2017 ils m’ont octroyé l’Award de l’originalité lors du Salon du chocolat de Paris. J’ai compris qu’il y avait vraiment quelque chose à faire, une crédibilité dans ce métier de chocolatier.
La rédaction : En quoi le statut de femme est-il différent dans cette profession ?
Karen Chocolat : Ce n’est pas évident. Quand on est une femme de 40 ans, quand on arrive dans le monde très masculin des chocolatiers en reconversion, alors qu’eux ont commencé à 16 ans… On ne s’impose pas du tout au début. On vient avec des choses originales, on s’impose auprès du public. Et puis petit à petit sur les salons les autres chocolatiers voient qu’il y a du monde autour de votre stand, et puis ils s’approchent, sont curieux, achètent même ! (Rires). Là on sait qu’on a marqué des points. Cet Award a installé cette crédibilité. J’ai été reconnue par mes pairs. J’ai eu des beaux référencements auprès de la Cité de la Gastronomie, j’avais un corner avec tous mes chocolats. Petit à petit, j’ai fait ma place sur le marché.

Karen Chocolat - Lyon Femmes
La rédaction : Parlez-nous un peu de vos produits !
Karen Chocolat : Ça ne m’intéresse pas de faire comme tout le monde. Il y a beaucoup de chocolatiers sur marché lyonnais. Des ganaches, des pralinés, tout le monde en fait. Quand je fais une ganache, je veux qu’elle ait quelque chose de différent à dire. Dans les associations, framboise – piment d'Espelette, fruit de la passion - clou de girofle, basilic – citronnelle. Je fais des pralinés à l’anis et combava, des pâtes d'amandes à la Chartreuse, orange confite – cardamone. Dans le visuel aussi, les chocolats ne sont pas que bons, j’essaie qu’ils soient beaux, qu’ils surprennent les yeux avant de surprendre les papilles. Et dans les textures aussi. J’ai une signature, dans les ganaches, elles sont hyper fines, avec un intérieur soyeux et une coque croquante.
La rédaction : Qu’allons-nous pouvoir retrouver pour Pâques ?
Karen Chocolat : Les petites poules, les petits lapins. On a aussi les super-héros, on a voulu faire plaisir aux fans de Spider-Man, Captain America, Harry Potter, etc… Chaque année également j’utilise un lutin, un petit gnome que j’habille chaque année d’un habit différent. L’année dernière c’était un jardinier parce qu’on avait eu beaucoup de remue-ménage dans le monde paysan. Je voulais mettre à l’honneur ceux qui travaillent la terre, et ceux qui nourrissent la planète, et même ceux qui travaillent les petits jardins, en honneur à la nature. Cette année, il a revêtu un habit d’artisan, de bricoleur. Gaëtan l’artisan. Là c’est le travail des mains. Je suis horrifiée par la fast-fashion et tout ce qui est jetable, la consommation de masse. J’ai voulu mettre à l’honneur ceux qui prennent le temps de bien faire les choses, tout simplement. Il y a toujours un petit message sociétal.