À Lyon, La Maison de Beauté accompagne les femmes touchées par le cancer pour "retrouver leur féminité"

À Lyon, La Maison de Beauté accompagne les femmes touchées par le cancer pour "retrouver leur féminité"
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Prothèses capillaires, reconstruction visuelle des sourcils ou de l’aréole mammaire, soins et écoute : depuis une dizaine d’années, Emira Msamer, gérante de La Maison de Beauté à Lyon, accompagne notamment des femmes confrontées aux conséquences visibles d’un cancer. À l’approche d’Octobre Rose, elle raconte un métier où l’esthétique se mêle souvent à l’intime.

Chez Emira Msamer, l’engagement est aussi une histoire personnelle. La gérante de La Maison de Beauté à Lyon a grandi auprès d’une tante ayant perdu très jeune ses cheveux, ses cils et ses sourcils.

Une expérience qui l’a sensibilisée très tôt aux prothèses capillaires et au regard que peuvent porter les autres sur la perte de cheveux. Plus tard, une autre de ses tantes a elle-même été touchée par un cancer.

"Quand je parle à mes clientes, forcément, elles ont confiance parce que je sais de quoi je parle", raconte aujourd’hui Emira Msamer.

"Elles ont l’impression qu’on leur a enlevé leur féminité"

Depuis une dizaine d’années, son établissement du 2e arrondissement propose notamment des prothèses capillaires aux femmes perdant leurs cheveux pendant leurs traitements.

Mais l’accompagnement peut se poursuivre bien après. La Maison de Beauté intervient aussi sur les sourcils grâce au maquillage permanent et propose une reconstruction visuelle de l’aréole mammaire.

"Le après est très long, insiste Emira Msamer. Les sourcils, la plupart du temps, ils ne reviennent même pas, donc on recrée […] du poil à poil pour recréer vraiment un sourcil naturel. Le téton, en fait, on vient le recréer pour qu’elle puisse retrouver une vie intime."

Au fil des rendez-vous, elle entend régulièrement la même souffrance : celle de femmes qui ne reconnaissent plus leur corps.

"Elles ont vraiment l’impression qu’en fait on leur a enlevé leur féminité, explique-t-elle. Ce qui leur touche le plus, vraiment, c’est ce côté : “je suis une demi-femme maintenant”."

Des prothèses pensées pour chaque cliente

Emira Msamer refuse d’ailleurs de parler simplement de "perruques".

À La Maison de Beauté, elle revendique une approche personnalisée : un premier rendez-vous permet de discuter de l’apparence de la cliente avant la perte de ses cheveux, de ses attentes et du résultat souhaité. La prothèse est ensuite adaptée puis recoupée directement sur elle.

"On n’est pas un magasin de perruques où vous choisissez sur le mur la perruque, résume-t-elle. On est dans l’extra-personnalisation."

L’établissement propose différentes gammes, certaines en cheveux naturels et d’autres conçues pour rester accessibles aux patientes disposant de budgets plus limités.

Respirer, se faire masser, reprendre pied

Mais les rendez-vous ne se limitent pas au résultat esthétique.

Emira Msamer raconte accueillir régulièrement des clientes encore sous le choc de l’annonce de leur maladie. Dans ces moments, son équipe de six personnes peut proposer des soins du visage, des massages ou simplement quelques minutes de respiration et de méditation guidée.

"Des fois, elles perdent leurs moyens […] elles viennent, elles n’arrivent pas à nous parler, elles ne comprennent pas ce qui leur arrive, décrit-elle. On fait de la méditation guidée, on fait de la respiration ensemble et on essaye de retrouver quelque chose d’apaisant."

Elle tient toutefois à poser une frontière très nette : ne jamais se substituer aux soignants.

"Je reste toujours à ma place de professionnelle et ma place de professionnelle, ce n'est pas médecin", insiste-t-elle. Lorsqu’une cliente lui demande si elle va guérir, elle refuse donc de donner des réponses qu’elle ne peut apporter.

Octobre Rose pour rappeler "qu’on ne vous oublie pas"

À l’approche d’Octobre Rose, La Maison de Beauté veut remettre cette dimension de l’après-cancer au premier plan.

Emira Msamer prévoit notamment une soirée au cours de laquelle des cadeaux seront proposés aux participantes, avec une mise en scène autour du rose et la présence annoncée de l’association Courir pour Elles.

Derrière l’événement, le message qu’elle veut transmettre reste simple : "Dire en fait : on ne vous oublie pas."

Et rappeler aux femmes qu’elle accompagne qu’au milieu de la maladie et des traitements, elles peuvent aussi continuer à choisir leur apparence : "Il ne faut surtout pas oublier d’être coquette et de se dire d’être femme."