Le nom ne dit plus rien à grand monde, y compris à Lyon. Marie-Louise Rochebillard a pourtant fait quelque chose que personne n'avait fait avant elle en France.
Elle naît le 4 juin 1860 à Roanne, dans une famille noble. La ruine familiale l'envoie au travail à seize ans. Cette bascule sociale explique tout le reste : elle connaît de l'intérieur, et non par principe, la condition des femmes qui travaillent.
Elle est marquée par la grève des ovalistes, ces ouvrières de la soie lyonnaises qui avaient arrêté le travail un mois durant en 1869 avant de reprendre sans rien obtenir. Trente ans plus tard, elle en tire une leçon de méthode : ce qui a manqué à ces femmes, ce n'est pas le courage, c'est une organisation permanente entre deux conflits.
En 1899, après avoir consulté la corporation des employés de la soie de Lyon, un syndicat ouvrier chrétien, elle crée les deux premiers syndicats féminins de France : celui des femmes employées de commerce, qu'elle dirige elle-même, et celui des ouvrières de l'aiguille. Adresse : 13 rue Sainte-Catherine, à Lyon.
Elle en fondera plus tard un troisième, celui des ouvrières en soie.
L'orientation est chrétienne sociale, pas révolutionnaire, et le pari n'est pas la grève mais la structure : cotisations, entraide, formation, représentation. On ne demandait pas aux ouvrières de descendre dans la rue, on leur proposait une organisation qui tienne toute l'année.
Le contexte rend l'initiative plus remarquable encore. À la fin du XIXe siècle, une femme mariée ne dispose pas librement de son salaire, et le syndicalisme s'est construit autour de métiers et de sociabilités masculines — le café, la réunion du soir, des lieux dont les ouvrières étaient de fait exclues. Créer des syndicats féminins, ce n'était pas seulement inclure des femmes dans une structure existante : c'était en inventer une qui tienne compte de leurs horaires et de leurs contraintes.
La suite lui donne raison. Lorsque la Confédération française des travailleurs chrétiens est créée en 1919, les syndicats féminins fondés à Lyon en sont membres fondateurs. Et ils resteront, pendant plus d'un demi-siècle, parmi les très rares organisations syndicales françaises dirigées par des femmes.
Le saviez-vous ? Marie-Louise Rochebillard est morte à Lyon le 30 janvier 1936, après avoir consacré sa vie entière à la condition des travailleuses. Son nom reste pourtant largement absent des récits sur l'histoire sociale lyonnaise, l'une des plus denses de France, et l'une de celles où les femmes ont été les plus systématiquement effacées.