1869 : l'une des toutes premières grèves de femmes en France a eu lieu à Lyon

1869 : l'une des toutes premières grèves de femmes en France a eu lieu à Lyon

Des milliers d'ouvrières de la soie, venues des campagnes, arrêtent le travail pendant un mois en 1869 à Lyon. Elles perdront sur les salaires et changeront durablement la place des femmes dans le mouvement ouvrier.

Elles s'appelaient les ovalistes. Le nom vient de l'ovale, la pièce centrale du moulin dont elles avaient la charge. Leur travail, le moulinage, consistait à préparer le fil de soie grège avant le tissage : surveiller les moulins, garnir et dégarnir les bobines, renouer les fils cassés.

Ce ne sont pas des Lyonnaises. Elles viennent de la Drôme, de l'Ardèche, des Cévennes, de la Lozère, de la Savoie, du Forez, du Beaujolais ; environ une sur dix arrive du Piémont italien.

Recrutées sur place et amenées par groupes, plus de la moitié d'entre elles logent dans l'atelier même, dans des conditions d'hygiène déplorables. En 1869, on en compte entre quatre mille selon les patrons et huit mille selon la presse et les intéressées.

Leur salaire : 1,40 franc pour douze heures de travail quotidien, debout, sans possibilité de s'asseoir. Fin juin 1869, elles rédigent une pétition - 255 signataires réparties dans dix ateliers des Brotteaux et des Charpennes - pour réclamer 2 francs par jour et une journée ramenée à onze heures. Elles saisissent le préfet du Rhône. Sans effet.

Alors elles s'arrêtent. Le 25 juin, une assemblée réunit entre mille et mille huit cents ovalistes ; les patrons, conviés, ne se manifestent pas. Le soir même, tous les ateliers de la rive gauche sont à l'arrêt. Les 3 et 4 juillet, sur 2 394 ovalistes recensées, 1 792 sont en grève.

La riposte patronale est méthodique : expulsion des grévistes des ateliers où elles logeaient, embauche d'ouvrières italiennes pour casser le mouvement, police postée devant les portes, arrestations. Les grévistes tiennent grâce à une caisse de secours (bons de pain, allocations de cinquante centimes) alimentée par des collectes menées en France, mais aussi en Belgique, en Angleterre et en Suisse.

Elles tiennent un mois. Puis la commission constate la fin du mouvement : les ouvrières reprennent sans avoir obtenu satisfaction sur les salaires. Elles arracheront tout de même la journée de dix heures, largement contournée dans les faits. Dans les mois qui suivent, des grèves éclatent chez les ovalistes et les ouvrières de la soie dans tout le bassin lyonnais.

Le saviez-vous ? Avant de reprendre le travail, les ovalistes ont voté leur adhésion à l'Association internationale des travailleurs. Marx accepta que l'une des meneuses, Philomène Rozan, soit déléguée au congrès de Bâle ; elle se désista sans qu'on sache pourquoi, et c'est Bakounine qui représenta les ovalistes lyonnaises. L'année suivante, la fédération ouvrière invitait à Lyon la journaliste et féministe Paule Mink : le succès auprès des femmes fut considérable.

La grève avait échoué, la politisation avait pris.