"La lampe Jieldé fait partie des icônes du design" : rencontre avec Bénédict Buisson

"La lampe Jieldé fait partie des icônes du design" : rencontre avec Bénédict Buisson
"La lampe Jieldé fait partie des icônes du design" : rencontre avec Bénédict Buisson, fière patronne lyonnaise - DR

Elle a fêté ses 75 ans en 2025. Classique du design français, la lampe Jieldé n’a pourtant pas pris une ride. Désormais à la tête de l’entreprise familiale basée près de Lyon, Bénédict Buisson entend bien faire rayonner cette pièce si chère à son cœur dont l’histoire est aujourd’hui au service du futur.

"Je ne regrette pas de l’avoir fait !" A 34 ans, Bénédict Buisson est aujourd’hui la fière patronne de Jieldé, une PME de dix salariés située à Saint-Priest à côté de Lyon qui produit chaque année près de 15 000 lampes fabriquées à la main. Des lampes comme les autres ? Pas vraiment puisque les lampes Jieldé n’ont cessé de s’imposer au fil des années pour devenir des icônes du design français. L’année 2025 a d’ailleurs marqué les 75 ans de l’entreprise fondée en 1950 par Jean-Louis Domecq ayant dans un premier temps imaginé cette lampe pour les ateliers, les usines et les tables à dessin. 

En 1998, c’est Philippe Bélier, le père de Bénédict Buisson, qui reprend les commandes de Jieldé avec la volonté que sa lampe star devienne un incontournable, non plus des usines mais, des intérieurs. Pour ce faire, il en dessine une version plus petite avec la possibilité de la mettre dans trente couleurs différentes alors que le noir, le gris et le vert étaient les seules teintes possibles. Son look industriel plaît et la marque lyonnaise commence à se faire une place dans le paysage français.
Le malheur vient cependant frapper Jieldé en 2023. Philippe Bélier décède brutalement laissant l’entreprise orpheline. "Je trouvais ça dommage de laisser la lampe Jieldé partir avec lui", se souvient Bénédict Buisson. "On avait tous conscience que c’était une grosse zone de turbulences pour une PME de perdre son dirigeant", ajoute-t-elle. "Je me suis dit que je devais tenter le coup et qu’avec ma casquette d’architecte d’intérieur il y avait des choses à faire pour Jieldé.

Bénédict Buisson accepte le défi et reprend les rênes de l’entreprise avec sans surprise des doutes mais l’envie de réussir. "Deux ans après, je me dis que c’est une belle reprise. J’ai su m’entourer de personnes qui ont été là pour m’épauler. C’est passionnant, un beau challenge et une aventure humaine", déclare l’architecte d’intérieur qui a réussi à trouver un équilibre entre sa profession de base à Paris aux côtés de son mari et sa nouvelle mission chez Jieldé à quelques kilomètres de Lyon. "Je crois que j’ai l’âme entrepreneuriale comme mon père. Ça me prend beaucoup de temps de faire les deux mais je ne regrette pas de l’avoir fait. Chaque profession nourrit l’autre. Ce sont des vases communicants. J’en apprends un peu plus chaque jour et je suis ravie. Si on m’avait dit ça il y a cinq, je n’y aurais pas cru. Comme quoi, tout peut changer très vite", confie Bénédict Buisson.

Très attachée au passé de la lampe Jieldé, la cheffe d’entreprise veut aujourd’hui apporter sa pierre à l’édifice. "Je sentais qu’il y avait des choses à faire pour que cette lampe existe encore un peu. A mon arrivée, l’objectif était de refaire connaître la marque et d’affirmer notre identité qui n’était pas claire. On savait qui on était mais on ne l’affirmait pas dans le bon sens. Jieldé est un diamant brut et l’histoire est belle à raconter. Il fallait affirmer notre ancrage local et notre petite taille", poursuit Bénédict Buisson.

Jieldé exporte actuellement ses pièces dans une vingtaine de pays ; la moitié de la production est d’ailleurs consacrée au marché international. "Il y a très peu de modèles de lampes aussi iconiques qui soient disponibles dans autant de couleurs. Je dis toujours que la lampe Jieldé a une place comme le jean Levi’s ou la Converse noire. C’est un classique qui ne vieillit pas. Elle est reconnaissable et fait partie des icônes du design. On peut compter sur elle."

Concernant la suite de l’aventure, les projets sont au rendez-vous de cette année 2026 avec la sortie au printemps prochain d’un "luminaire qui ira à l’extérieur. Ce n’est pas une lampe baladeuse mais une applique que l’on pourra mettre sur une terrasse". Quid d’autres nouveaux produits ? "On fait du luminaire et on sait bien le faire donc restons sur ce qu’on sait faire. Essayons juste de le moderniser et de l’optimiser sans forcément changer son ADN", assure Bénédict Buisson. La dirigeante envisage également de reconduire l’un des évènements ayant marqué 2025, à savoir sa grande braderie d’usine dans ses locaux à Saint-Priest. En septembre dernier, la première édition a rencontré un franc succès. "Outre l’aspect vente, il y avait aussi l’aspect découverte avec la visite de l’atelier qui fut un grand moment de la journée pour les visiteurs. Faire une fois par an cette braderie serait génial pour prendre rendez-vous avec les fans de Jieldé et les connaisseurs. Certains connaissent d’ailleurs mieux la marque que nous (rires)." Ouvrir la marque reste clairement l’une des priorités de Bénédict Buisson. "Pourquoi pas faire un partenariat avec un boutique, un restaurant, un chef ou encore avoir un pop-up store, et même un espace immersif", estime-t-elle. Et Jieldé dans 25 ans ? "Je sais que la lampe sera toujours là. J’espère en même temps qu’elle n’aura pas trop changé. J’ai envie qu’elle soit toujours la même. Juste encore plus forte et qui rayonne encore plus. En attendant, on ne s’ennuie pas !", conclut-elle. 

A.D.