"À Lyon, on est tranquille pour créer" : Joëlle Sevilla fête les 25 ans de l'Acting Studio et se prépare au tournage du nouveau Kaamelott

"À Lyon, on est tranquille pour créer" : Joëlle Sevilla fête les 25 ans de l'Acting Studio et se prépare au tournage du nouveau Kaamelott
Joëlle Sevilla - Lyon Femmes

Son école, l’Acting Studio, à la fois centre de formation professionnelle d’acteurs et société de production, est l’une de ses plus grandes fiertés. C’est dans le quartier de Saint-Paul, à Lyon, que Joëlle Sevilla partage depuis 25 ans son amour pour le théâtre et le cinéma. Son année 2024 sera notamment marquée par un nouveau tournage très attendu aux côtés de son fils Alexandre Astier. Rencontre avec une Lyonnaise passionnée par l’envie de mettre la culture en lumière.

Votre passion est-elle toujours la même 25 ans après la création de l’Acting Studio ? Transmettre ?

Transmettre le métier, oui ! Nous ne sommes pas une institution, mais des transmetteurs artisans. Ici, on rentre et on travaille. Ça s’appelle une école, mais on pourrait trouver un autre nom.

Quel est le premier conseil que vous donnez à un étudiant quand il franchit la porte de votre école ?

Il faut absolument que tu arrêtes de te juger et il faut que tu commences à prendre confiance en toi et en ce que tu veux être. On ne peut pas devenir acteur sans ça.

Vous êtes une touche à tout entre le cinéma, la télévision et le théâtre. Avez-vous une préférence ?

Je pense que tout est complémentaire, y compris l’écriture dramatique. Ce serait extrêmement ennuyeux d’exercer un métier toujours au même théâtre ou sur les tournages. Personnellement, je préfère être au théâtre. Je trouve ça plus passionnant. Les tournages sont très bien, mais nous ne sommes qu’un pion. On ne décide de rien. Il faut d’abord commencer par être un acteur pour comprendre toute la mécanique et les enjeux d’une interprétation.

Cette année 2024 est donc marquée par les 25 ans de l’Acting Studio, mais vous avez aussi d’autres projets, notamment un certain tournage ?

Je commence en juin le tournage de Kaamelott Volume 2. C’est plus qu’un projet (rires). Je suis toujours curieuse de savoir ce que va écrire Alexandre. Nous n’avons pas accès au texte. Ça m’intéresse beaucoup de savoir ce qu’il a pu encore écrire sur cette femme Séli … On vieillit tous et on a pris de l’âge. Le rôle évolue donc avec nous. Il a dû écrire des choses qui nous correspondent aujourd’hui.

Tourner en famille justement, c’est compliqué ?

Ce n’est pas compliqué parce qu’Alexandre est un enfant de la balle. Il a des parents acteurs et ce n’est pas un domaine qui lui fait peur. Depuis qu’il est tout petit, il sait ce que c’est. Se faire diriger par son propre fils ou travailler en famille, pour nous c’est complètement normal.

Si je vous demandais aujourd’hui votre rêve le plus fou dans votre carrière professionnelle, ce serait lequel ? Je crois que vous avez très envie d’un festival Molière à Lyon ?

J’avais été voir à l’époque Georges Képénékian (ancien adjoint à la Culture, ndlr) pour lui proposer la mise en place d’un festival Molière suite au documentaire L’Autre Molière, réalisé par Eric Guirado et produit par Muriel Barra. Effectivement, Molière a énormément vécu à Lyon, mais on a peu de traces. Je veux bien prendre l’initiative de le faire, mais il faut quand même que la Ville ou la Région me soutiennent. Ce serait l’occasion de parler de Molière, de ses œuvres, qu’on les confronte avec des troupes, des metteurs en scène français et étrangers. Ça me parait étrange que là où il a vécu sa jeunesse, on n’essaye pas de tirer quelque chose. Cette place Saint Paul, c’était le quartier où il vivait donc, pourquoi pas une sculpture de Molière, plus précisément de l’acteur Molière. Je trouve ça symboliquement beau. Je ne sais pas si j’ai le courage de me battre toute seule. Si j’avais à me battre pour quelque chose, je ne pense pas que ce serait pour un festival, mais pour partir en tournée dans des zones rurales qui sont des zones blanches, où il n’y a rien du tout. Je l’ai fait par le passé et ça avait très bien marché. C’est un vrai plaisir. On apporte réellement quelque chose.

Selon vous, qu’est-ce que Lyon a aujourd’hui de plus par rapport à Paris ?

Je pense qu’à Paris, je dis d’ailleurs la même chose que mon fils, c’est difficile d’y travailler, par exemple d’écrire un scénario ou d’écrire un film. Je trouve qu’à Lyon, on est tranquille pour créer. Je ne sais pas comment font les troupes là-bas. À Lyon, on a quand même une espèce de réseau. Depuis 1999, quand j’ai ouvert officiellement l’école, mes élèves viennent de partout, du Nord, de Bretagne, de Suisse, d’Italie... Une grosse partie ne quitte plus la ville de Lyon. Ils ne retournent pas chez eux. Je souhaiterais maintenant que la métropole lyonnaise se reconstitue un peu en éléments créatifs pour donner du travail aux techniciens. Les écoles d’acteurs, c’est pareil. Il y a un développement du cinéma visiblement dans le sud de la France avec des constructions de partout. Moi, je souhaiterais qu’on rétablisse quelque chose qui tienne d’un fonctionnement, où les acteurs et les techniciens lyonnais sont impliqués. Aujourd’hui, ça ne marche pas car je pense qu’il n’y a pas vraiment une politique pour ça. On a des décors extraordinaires en Auvergne-Rhône-Alpes. Il ne nous manque rien si ce n’est le littoral qui n’est pas très loin. Il ne faudrait pas grand-chose pour que ça devienne un pôle de tournage où ça tourne.

Il manque donc, selon vous, une politique culturelle ?

Pour le cinéma, clairement ! Cette politique culturelle, il faut qu’elle s’affirme. À un moment donné, il faut donner la possibilité aux gens de venir tourner ici. Il faut tenir compte des acteurs locaux. On a les moyens de faire un vrai cinéma, d’accueillir des scénaristes, de leur ouvrir les portes… On a tout ici. Il manque, par contre, une politique claire de cinéma faisant vraiment un effort de l’emploi qui commence par la formation.

Propos recueillis par A.D.

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