Le canezou, ce vêtement disparu dont Lyon a gardé le nom

Le canezou, ce vêtement disparu dont Lyon a gardé le nom

Corsage sans manches en mousseline, vedette de la Restauration, le canezou s'est effacé des garde-robes vers 1850. Le mot, lui, se prononce encore chaque semaine à Lyon sur les castelets de Guignol.

Cherchez "canezou" dans une garde-robe contemporaine : vous ne trouverez rien. Cherchez-le dans un traité de mode du XIXe siècle et il est partout.

Le vêtement apparaît vers 1800. C'est un corsage léger, sans manches, généralement en mousseline ou en dentelle, que l'on porte par-dessus la robe et qui s'arrête à la taille. Sa fonction est double : couvrir le décolleté, et poser une couche de blancheur et de transparence sur une étoffe unie. Il connaît son heure de gloire sous la Restauration et la monarchie de Juillet, avant de s'effacer avec l'évolution des silhouettes.

D'où vient le mot ? Personne ne le sait. Le Dictionnaire de l'Académie française tranche par le constat : l'origine est obscure. Une étymologie populaire circule pourtant, et elle n'est pas lyonnaise mais marseillaise. Le mot serait une déformation de "quinze août" prononcé à la Canebière, autrement dit la belle saison, la chaleur, le Midi. 

L'explication est jolie ; les lexicographes la tiennent pour anecdotique, ce genre de reconstruction a posteriori étant une spécialité du XIXe siècle.

Alors où est Lyon dans cette affaire ? Pas dans l'étymologie, contrairement à ce qu'on lit parfois. Mais dans la survivance du mot. Canezou est le nom d'un personnage du théâtre de Guignol : le propriétaire de la maison où vit la marionnette. Le vêtement a disparu ; le nom, lui, continue d'être prononcé devant des enfants qui n'ont jamais vu de corsage en mousseline.

Le procédé n'a rien d'exceptionnel dans ce répertoire, où les noms propres viennent du vocabulaire courant du XIXe siècle. Gnafron doit le sien à "gnafre", le cordonnier en parler lyonnais. Le canezou étant à l'époque de Laurent Mourguet et de ses fils un vêtement que tout le monde connaissait, l'emprunt allait de soi — un peu comme si l'on baptisait aujourd'hui un personnage "Doudoune".

Reste une question de fond pour qui s'intéresse à la mode : pourquoi ce vêtement a-t-il disparu si complètement ? Sa fonction, moduler la pudeur d'une robe sans en changer, a été absorbée par d'autres pièces, boléros, caracos, gilets légers. Le canezou n'a pas été abandonné, il a été redistribué.

Le saviez-vous ? Le mot, lui, n'a pas quitté les dictionnaires. Il figure toujours dans la neuvième édition du Dictionnaire de l'Académie française, qui le définit comme un corsage de femme sans manches et signale sobrement que son origine est inconnue. Deux siècles après son apparition : le vêtement n'existe plus, le mot tient bon, et personne ne sait d'où il vient.