Les femmes dans une situation de "grande vulnérabilité" : une aggravation de la précarité féminine dans le Rhône

Les femmes dans une situation de "grande vulnérabilité" : une aggravation de la précarité féminine dans le Rhône
Une aggravation de la précarité féminine dans le Rhône - DR

Alors que 14 000 personnes seraient sans domicile fixe dans le Rhône, selon l’association Alynea, les femmes sont les premières touchées par la précarité.

Suite à la publication cette semaine du rapport du Secours catholique révélant que les femmes étaient en première ligne face à la pauvreté , la rédaction de Lyon Femmes a interrogé la présidente de la délégation rhodanienne de l'association, Marie-Thérèse Briand.

Quelle est la situation de la pauvreté féminine dans le Rhône ?

Nous avons 33 équipes locales du Secours catholique présentes sur l’ensemble du territoire rhodanien. En milieu rural, il y a malheureusement des situations "classiques" de femmes seules qui élèvent des enfants avec des difficultés d’accès au travail, et en campagne plus spécialement des difficultés de mobilité et d’isolement surtout pour les femmes plus âgées. On a constaté que depuis le Covid, les femmes de plus de 65 ans avec des petites retraites étaient encore plus isolées qu’avant, et en campagne souvent avec des habitats qui demandent de se chauffer parce que les équipements sont mal isolés. En ville, la question de l’isolement des femmes avec enfants est assez importante, et elle s’est aggravée avec le Covid. L’accès au travail reste souvent précaire, c’est-à-dire avec des temps partiels non choisis, des activités non rémunérées (selon le niveau de qualification des personnes). Cela contribue à une plus grande vulnérabilité des femmes, toujours aggravée depuis le Covid.

Pourquoi les femmes sont-elles les plus touchées ?

Souvent parce que leurs revenus sont plus faibles que ceux des hommes, on le sait. Quand on a du travail précaire, évidemment, on est encore plus pénalisé. Ensuite, les femmes sont également celles qui vont quitter un travail ou une activité pour s’occuper de proches qui en ont besoin, c’est assez courant et rarement rémunéré. Ça contribue à alourdir la facture...

Quels sont les visages de la pauvreté féminine dans le Rhône ?

Des femmes qui vivent avec des minimas sociaux, des revenus de transfert uniquement quand elles ont des droits administratifs ouverts, des prestations familiales ou le RSA. On a vu avec l’inflation, suite au Covid, et maintenant avec l’environnement international, que ces minimas sociaux ont décroché par rapport au revenu médian en France : aujourd’hui, avec 500 euros par mois (le montant du RSA pour une personne) on est au niveau de la grande pauvreté, là où avant on était dans la moyenne de pauvreté. L’inflation a accentué le phénomène. L’augmentation des produits alimentaires, des charges d’énergie et des loyers sont aussi en cause : les produits alimentaires qui connaissent des augmentations liées à plusieurs facteurs (spéculations sur certains secteurs, conjoncture internationale) font aussi que les budgets des femmes sont plombés, surtout si elles veulent une alimentation un tant soit peu qualitative pour leur famille.

Quelles sont les mesures que l’on pourrait prendre dans la Métropole de Lyon pour faire face à cette situation ?

On a en France une idéologie autour du travail à temps complet qui pénalise des personnes en difficulté, et ça concerne tout le monde. Il y a également l’accès au logement qui reste quelque chose de compliqué : l’association alinéa, qui fait de l’hébergement d’urgence et est une grosse association sur la métropole, annonçait un appel aux dons pour aider les 14 000 personnes à la rue sur la Métropole, tous les âges et les situations confondues. Il n’y a plus suffisamment de mobilité aujourd’hui dans le logement social, je crois qu’il y a des crédits qui ne sont plus alloués comme ils devaient l’être il y a quelques années sur la construction. En somme, le système s’est rigidifié alors que les situations des personnes sont plus mobiles, et plus précaires pour un bon nombre. Pas pour tout le monde évidemment : pendant que des gens sont au RSA avec des minimas sociaux qui chutent, il y a une partie de la population qui s’est enrichie autour du Covid aussi, et tout ça n’est pas vraiment régulé. On est comme pris au piège dans une situation, qui est aggravée par la situation internationale avec des immigrations, souvent réalisées par dépit. On s’aperçoit que l’on peut avoir des personnes à la rue, des personnes qui travaillent au noir parce qu’elles n’ont pas de titre de séjour qui leur permettent de travailler alors qu’elles trouvent du travail ici parce que des secteurs ont besoin de main-d’œuvre…
Ces choses-là s’empilent, et sur la Métropole de Lyon la part de femmes étrangères qui fréquentent nos permanences est importante : presque la moitié. Souvent, ce sont des gens qui n’ont pas de ressources ou très peu, et qui sont aidés par des organismes caritatifs. Ça alourdit considérablement le paysage de cette précarité des femmes.

A notre échelle, que peut-on faire ?

Au Secours catholique, on développe des espaces de fraternité, des petites équipes locales sur les quartiers, avec des personnes qui adhèrent au projet du secours catholique : d’abord, se faire rencontrer les personnes entre elles, et ensuite les aider à exprimer ce qui est important. Ces personnes se mettent à aider à préparer un repas, par exemple : se mettent alors en place du soutien scolaire, des cours de français… et parfois, cela débouche sur des gens qui vont faire des démarches administratives ensemble, pour quelqu’un qui est là ou ailleurs. On anime aussi des ateliers "Cuisinons ensemble", fréquentés par des femmes et des hommes, et qui réunissent des gens pour réfléchir et mettre en pratique des façons pour se nourrir mieux et à moindre coût. Ça, aujourd’hui, c’est en train de créer un partenariat sur la Métropole : on est en train de l’élargir à des producteurs locaux pour avoir accès à des produits que l’on a envie de cuisiner. Voilà des petits exemples de nos mesures : on peut toujours aider à notre échelle, questionner des choses, interroger nos équipes. Nous sommes visibles et présents, par téléphone ou sur place, il ne faut pas hésiter : c’est comme ça qu’on peut développer des dynamiques dans les quartiers pour amplifier l’entraide.

Propos recueillis par A.V.

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