Elles ont entre 25 et 28 ans et travaillent sur des sujets aussi différents que les réponses immunitaires, les maladies cardiovasculaires ou encore l’intelligence artificielle. Toutes trois ont pourtant un même point commun : la volonté de faire avancer la recherche en répondant à des questions encore sans réponse.
Des parcours différents, une même envie de chercher
À 25 ans, Amandine Chantara est en troisième année de thèse au Centre international de recherche en infectiologie, à Lyon. Après avoir grandi à Rillieux-la-Pape et suivi sa scolarité dans la région lyonnaise, elle s’est orientée vers la biologie avant d’intégrer l’École normale supérieure de Lyon.
Elle s’est progressivement tournée vers la recherche.“Initialement, je voulais être prof quand j'étais au collège”, raconte-t-elle. C’est au cours de ses études qu’elle découvre véritablement le monde scientifique. “Je ne connaissais pas trop ce milieu-là avant”, explique-t-elle.
Ce qui lui plaît finalement, c’est de pouvoir travailler sur des questions auxquelles personne n’a encore de réponse. “Pouvoir vraiment participer à faire avancer des connaissances, ça m'a vraiment beaucoup plu.”
Ses recherches portent aujourd’hui sur les réponses immunitaires des vertébrés. Elle étudie notamment les mécanismes utilisés par différentes espèces pour se défendre contre les infections.
“Les vertébrés, c'est nous, mais c'est aussi les chauves-souris, les oiseaux, les poissons, les reptiles”, détaille-t-elle. L’objectif est ensuite de voir si certains de ces mécanismes peuvent inspirer de nouvelles thérapies ou des outils biotechnologiques.
Des artères aux intelligences artificielles
À 28 ans, Sibylle Grégoire vient de soutenir sa thèse de doctorat en physique et poursuit aujourd’hui ses recherches en post-doctorat. Son parcours passe par une classe préparatoire en physique-chimie puis une école d’ingénieur, avant une thèse au Laboratoire des applications thérapeutiques de Lyon.
Son sujet : mesurer l’élasticité des artères afin de contribuer à la prévention des maladies cardiovasculaires. Pour expliquer simplement son travail, elle compare les artères à “des tuyaux souples” qui ont tendance à se rigidifier avec l’âge.
“Mesurer l'élasticité des artères, ça permet de faire de la détection précoce et d'éviter du coup les accidents cardiovasculaires”, explique-t-elle.
La chercheuse a choisi cette voie parce qu’elle voulait associer son intérêt pour la physique à une application concrète. “J'aime bien les sciences, je suis curieuse de savoir comment ça fonctionne dans la nature (…) mais j'avais quand même besoin d'une application”, raconte-t-elle. Cette application, elle l’a finalement trouvée dans le domaine médical.
Anne Gagneux, 28 ans, travaille quant à elle sur l’intelligence artificielle. Son parcours a commencé par une année en école d’architecture, avant qu’elle ne retourne vers les sciences, puis se spécialise en mathématiques et en informatique.
Elle réalise aujourd’hui une thèse à Lyon sur les modèles génératifs pour l’image. Ces outils sont notamment capables de créer de nouvelles images à partir d’une consigne. Mais la chercheuse cherche à comprendre ce qui se passe réellement derrière cette génération.
“Qu'est-ce qui permet à ces modèles-là de générer des nouvelles images ? Comment on peut expliquer les mécanismes de créativité ?”, s’interroge-t-elle.
Cette curiosité est aussi ce qui l’a poussée vers la recherche. “C'est essayer de trouver des solutions, seules ou à plusieurs, tester des choses, voir si ça fonctionne, si ça ne fonctionne pas.”
"Une énorme surprise"
Pour les trois jeunes chercheuses, l’annonce du prix a été inattendue. Amandine Chantara parle d’ “une énorme surprise” et d’ “une reconnaissance incroyable”.
Sibylle Grégoire ne s’y attendait pas non plus. Elle souligne notamment la difficulté d’évaluer ses chances face au nombre de candidatures et à la diversité des disciplines représentées. Pour elle, le prix constitue aussi une occasion de rencontrer d’autres femmes scientifiques.
“C'est une chance de pouvoir rencontrer d'autres femmes qui font un peu les mêmes carrières que nous et de pouvoir échanger à la fois sur ce qui nous motive et puis des difficultés.”
Pour Anne Gagneux, la récompense arrive à un moment particulier, puisqu’elle est en fin de thèse. “C'était aussi une belle manière de conclure ces trois années de thèse”, estime-t-elle.
Elle tient également à associer son équipe et ses encadrants à cette reconnaissance : “C'était une récompense, une reconnaissance à la fois pour moi, mais aussi pour tous les gens avec qui j'ai collaboré.”
Une reconnaissance qui peut servir la suite
Le prix ne représente pas seulement une distinction. Il peut également donner aux jeunes chercheuses davantage de moyens et de visibilité pour poursuivre leurs travaux.
Amandine Chantara bénéficiera notamment de formations en prise de parole, en négociation et en management. “J'espère que ça va me permettre de porter avec plus d'assurance mes idées et développer ma carrière”, explique-t-elle.
Pour Anne Gagneux, la dotation permet surtout de gagner en autonomie et de faciliter de futures collaborations. “Ça donne de l'autonomie puisqu'il y a une dotation”, souligne-t-elle. Une aide précieuse lorsqu’on débute dans la recherche et que les moyens financiers restent limités.
La chercheuse souhaite également profiter de cette nouvelle dynamique pour encourager d’autres jeunes filles à se tourner vers les sciences. “C'est une belle manière de pouvoir avoir des leviers d'action en groupe. C'est plus facile.”
La cérémonie de remise du Prix L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science France 2026 aura lieu ce mercredi 7 octobre à Paris, pendant la Fête de la Science. Pour ces trois chercheuses lyonnaises, cette distinction vient ainsi reconnaître des travaux très différents, mais portés par une même envie de comprendre, d’innover et de faire progresser les connaissances.